f o l i e.

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Ces vrilles de noirceur, qui me torturaient nuit et jour toute ma vie durant, me manquent.
Je n’aspire en ce moment qu’à les retrouver, les laisser m’enveloper, me recouvrir, m’étouffer à nouveau.

Elles ont disparu, elles me manquent, je veux à nouveau pouvoir m’abandonner à elles, pleinement.

Aujourd’hui, je ne vois même plus au-delà du mur.

Il est devenu totalement opaque, comme si rien n’existait au-delà, comme si même ce mur n’existait pas.
Pourtant je sais qu’il est là, je m’en souviens. Je ne sais même plus exactement où il est, juste qu’il est là, et m’empêche de « déborder ».

Mais je veux, déborder, je ne veux que cela, je veux retrouver mes phases, mon désespoir, ma douleur, ma vie.
Ma vie. Ce que j’étais avant, et qui me faisait tant souffrir, je les veux à nouveau.

N’est-il pas possible de trouver un compromis, alors? N’existe-t-il pas une solution pour que je reste moi, sans sombrer dans le désespoir le plus total?

Qu’ai-je à y gagner, au final?
J’ai bien peur que ce ne soit rien de bon pour moi.
Pour eux, oui. Je suis plus stable qu’avant, bien sûr, je suis sans doute plus facile à vivre également.
Mais moi?
Je ne saurai dire si je souffre davantage maintenant, privée de ma folie, qu’avec elle.
Elle me manque, terriblement.

Je dois faire le choix de vivre sans elle, et être mieux pour eux, ou la rappeler à moi, et redevenir le monstre que j’étais.

Saurai-je la savourer, si elle me revient? Même de cela je ne suis pas certaine.
Changerai-je? Redeviendrai-je comme avant, réellement, ou serai-je à nouveau confrontée à un changement, un mélange de ce que je suis aujourd’hui, de celle que j’étais alors?

Je veux à nouveau pouvoir me laisser happer par ces vrilles de ténèbres  qui accompagnaient chacun de mes souffles.
Je veux les saisir à nouveau, les laisser me submerger et m’étouffer, car c’était là que j’existais.

Je ne souhaite pas davantage vivre ou m’aimer, même si aimer ma folie peut être assimilé à une forme d’amour-propre. Rien de tout cela en moi, juste un besoin primaire de me raccrocher à quelque chose de connu puisque je suis toujours en vie.

Aujourd’hui, plus rien ne m’est familier. J’ai l’impression d’être quelqu’un d’autre, de devenir quelqu’un d’autre.
Quelqu’un de fade, sans intérêt, encore moins que celle que j’étais avant, et ce n’est pas peu dire.
Je déteste cela, je veux retrouver ma folie.

J’aime ma folie.
Aussi étrange et stupide que cela puisse paraître, et bien que je n’aurai jamais pensé dire ça un jour, force est de constater que c’est la vérité.

Pas vraiment de l’amour, en réalité. Plutôt de l’habitude, de l’attirance. Malsaine, sans doute.
Mais c’est là, et je ne peux m’en défaire, c’est ainsi.
Avoir voulu y renoncer, et en être aujourd’hui presque privée me rappelle douloureusement ce confort perdu.

N’est-ce pas complètement délirant que de vouloir retrouver ce qui me détruisait peu à peu?
Mais c’était moi, c’était ce que j’étais, comment j’étais, comment je vivais.
A présent, je ne sais plus rien, toujours rien, je suis perdue en moi-même.
Je n’ai plus ma folie douce pour guider mes actions, mes pensées, ma main. Ma vie, quelle qu’elle puisse être.

Alors oui, aujourd’hui je n’aspire qu’à la retrouver, ne serait-ce qu’un peu, l’apercevoir, l’effleurer du bout des doigts, ma folie.

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m u r.

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Me forcer à écrire.
Ce qui était autrefois, bien trop souvent, un besoin, m’est maintenant difficile, au point de devoir me forcer à le faire.
Je sens que j’en ai besoin, malgré tout, mais rien ne vient. De la même manière que pour le dessin, cette partie de moi semble comme étouffée par les médicaments.

Ces médicaments dont j’ai besoin pour être à peu près normale, vivre « normalement » plutôt que de subir l’alternance de mes phases.

Alors de quoi ai-je le plus besoin, au final?
De ces médicaments qui me rendent presque normale (sans réellement y parvenir, bien évidemment) et étouffent ce que je suis, ce que je pensais être depuis 31 ans, ou de mes phases, qui m’empêchaient de vivre mais qui étaient, finalement, confortables?

Confortables. Un bien grand mot quand on sait ce qu’il en est réellement, mais qui a sa part de vérité tout de même. Car ce qu’on connaît est confortable comparé à l’inconnu.
Même si je subis et redoute mes phases, particulièrement la dépression, c’était « moi », ce que je connaissais, ce que je savais (à peu près) gérer.
Ecrire, dessiner, c’était mon moyen de sortir le trop-plein de ma tête, exprimer ce que je ne pouvais pas évacuer autrement. Ce qui devait sortir. Ma créativité était étroitement liée à ma folie. Sans elle, plus rien ne vient, et j’en souffre terriblement car j’ai toujours besoin de dessiner, d’écrire.

A présent, je dois forcer le processus, et quand je le fais, rien ne me semble sincère, véritable, comme cela pouvait l’être quelques mois auparavant, comme lors de mon dernier écrit ici.
Ce qu’il s’est passé, tout simplement, c’est que je prends un traitement qui est supposé réguler mon humeur.
Réguler mon humeur, sur le papier, c’est bien. Et à vivre aussi, globalement.
Oui, je me sens mieux depuis que je prends ces foutues pilules.

Mais d’un autre côté, mes phases me manquent.
M’exprimer librement, même dans tout ce brouillard qui emplissait ma tête, même dans la douleur dans laquelle je vivais en permanence, me manque.
Oh, je peux toujours écrire, la preuve.
Mais c’est de la merde, comme les dessins que je produis dernièrement.
Alors oui, ma technique est toujours là, pour ce que cela vaut, oui, je suis toujours « capable » de dessiner, d’écrire.
Mais cela n’exprime plus ce qu’il y a au plus profond de moi.

Ce qu’il y a au fond reste comme bloqué, caché derrière une sorte de barrière invisible, infranchissable.
Cette sensation est insupportable, de voir quelque chose de familier, qui m’attire inéluctablement, mais que je ne peux plus atteindre, quoi que je fasse.

J’en suis à me demander si je dois continuer à prendre ces médicaments, accepter de m’effacer et devenir quelqu’un de normal, et souffrir de ne plus accéder au « confort » de mes phases.
Ou bien de les arrêter, et redevenir cette incarnation de la souffrance, cette folle parfois agressive, parfois déprimée, parfois brièvement joyeuse, toujours tourmentée, que j’étais jusqu’alors.

Ces médicaments, cette thérapie, j’ai pris la décision de les prendre, de les essayer, pas pour moi, mais pour mon entourage.
Arrêter de les faire souffrir à cause de moi, d’une autre manière, moins culpabilisante, que le suicide. Les mots commencent à venir, et non je ne le cacherai pas, je ne mentirai pas : le suicide fait partie de ma vie, de mes pensées récurrentes, bien trop souvent.
Si la culpabilité n’était pas plus forte que tout dans ma tête, si elle n’avait pas cette place décisive dans toutes mes actions et mes pensées, cela fait longtemps que je ne serai plus de ce monde.
Là n’est pas la question, cela dit.

J’aspire seulement, parfois, à retrouver mes phases.
Ces moments de folie pure où je pouvais soit élaborer des projets fous, rire sincèrement, maîtriser des accès de violence extrême, sombrer totalement dans le déni de moi-même et le refus de tout ce qui est bon.
Ces moments qui me faisaient tant souffrir, et qui ne manqueraient pas de me torturer à nouveau, me manquent terriblement.

Car c’était mon confort, mes phases, ma vie.
Ce autour de quoi j’avais appris à vivre, comme je le pouvais, sans rien attendre de plus car je ne méritais rien de mieux.

J’ai peur.
Car à présent, je ne connais plus rien, tout m’est étranger.
Bien entendu, j’ai toujours des changements d’humeur, les phases sont toujours là.
Mais c’est comme si la finalité, la zone familière, m’étaient inaccessibles.
Comme si, d’un coup, épuisée, je m’approchais d’une chambre, je la vois, elle est là, tout près, le lit semble m’appeler, tout y est attirant et confortable, mais je ne peux passer le seuil de la porte. Un mur invisible m’en empêche, mais je la vois, je vois tous les détails, je m’en abreuve avidement. Je désire cette chambre, mais je n’ai plus aucun moyen d’y entrer.
Mes phases, telles que je les connaissais, c’est cette chambre.

Peut-être est-ce comme une forme de deuil, après tout.
Faire le deuil de ma folie, pour mieux avancer, vivre « normalement ».
C’est ce que je voulais, dans un sens.
Même si, lorsque j’ai enfin pris la décision d’accepter de demander de l’aide, je n’étais pas sûre de la vouloir, et certaine de ne pas la mériter.
Ce sentiment n’a pas changé, par contre. Pourquoi mériterai-je d’être aidée, d’aller « mieux », d’être normale, quand je suis ce que je suis?

Je me rappelle à présent de ce que me disait J. lorsqu’on parlait de ces fameuses pilules. Il disait que c’était de la merde, et sur le moment, je ne saisissais pas à quel point il avait raison.
Elles atténuent tellement nos humeurs qu’on en a l’impression de devenir quelqu’un d’autre.

Je n’ai pas envie d’être quelqu’un d’autre.
Je n’ai pas non plus envie d’être heureuse, cela dit, pas plus que normale.
A présent, je le sais, et je regrette souvent, comme ce soir, d’avoir voulu l’être.
On ne sait ce que l’on perd que lorsqu’on est confronté au manque.